Vous avez dit Vogue Zaman ?

Donnez-moi s’il vous plait une paire de ciseaux, un chalumeau, un sabre s’il le faut, ou n’importe qu’elle arme de destruction pour bruler les pages qui vont sortir, ou plutôt ces tenues qui ont défilées il y a un mois à Marrakech à l’occasion de l’événement mode du Maroc !!! J’appelle à la barre d’accusation : "Caftan"...

Je pourrais même comparaître en justice pour diffamation, mais mes yeux ont réellement eu mal, très mal le 7 mai dernier, alors que je sais que dans les milieux des "fashionistas" marocaines, beaucoup ont été ébloui par le spectacle offert à leurs yeux, ces marocains et marocaines, hélas devenus "acritiques".

Je vous raconte ma version, aujourd’hui selon les supposés créateurs de mode/stylistes de tout genre Marocains, toutes les marocaines s’appellent ou s’appelleront "Daouiya" (traduction littérale : la lumineuse") et pour ceux qui parlent le langage fassi "Fakhita" (origine littéraire arabo-fassi de la couleur Fakhti l’équivalent du doré et du brillant)...

Mes Miss Fakhita et Miss Daouiya sont donc 2 appelations qui signifient pour moi la même chose : Ces Marocaines que les médias sont entrain de transformer en ambassadrices du bling bling absolu, dépourvues de goût... pire de créativité !

Depuis plus de cinq années, les "runways" de Caftan se ressemblent mais ne s’assemblent pas, car les organisateurs choisissent des thématiques plus surprenantes les unes que les autres. La précédente édition si je me souviens bien, c’était "Circus Bohème", l’année d’avant c’était "Rock" et cette année "Vogue Zaman"...La question que je me pose est simple et ma foi logique "Est ce que ces "créateurs/créatrices" comprennent le français (ou pire pour certains le langage de la mode) ?

A chaque fois que j’entends parler de la thématique, j’ai un espoir, qui je ne vous le cache pas est réduit à néant après les 2h de chaque défilé...

  • 2009  : Rock, je me souviens de l’entrée fracassante d’un jeune créateur, qui pour le coup a choisi de bien interpréter la thématique à sa sauce, un seul, face à une dizaine
  • 2010  : Circus Bohème... je n’ai vu de bohème que l’appellation
  • 2011  : Vogue Zaman... je n’ose même pas dire ce que j’ai vu...

C’est alors que j’ai décidé ce matin d’écrire cet article, non pour faire l’éloge des créateurs légendaires qui ont su et pu se faire un nom à travers l’histoire de la mode, mais pour donner quelques clarifications à certains de nos chers créateurs Marocains.

Qu’est ce qu’un créateur de mode, sinon un NOM qui devient une marque et surtout un Style !!!

Quelques exemples à travers l’histoire contemporaine :

  • Yves Saint Laurent a clairement affiché à travers ses collections une idée, une femme citadine, rivale de l’homme, qui se distingue des autres par une simplicité et provocation. Il a ainsi réinterprété la robe et ses formes, le pantalon et surtout la veste "Indicided style".
  • Elie Saab met en valeur une femme chic et classique, il sélectionne la noblesse des tissus qui épouse les formes divines et s’attache à la sobriété de l’âme.
  • Dior, "vintage" ou "new age", renchérit la féminité en réinterprétant en permanence les codes de la mode.
  • Alexander McQueen, rend les femmes reines.

Tout ça pour dire que depuis 15 ans que je suis l’évènement Caftan, rares sont les noms que j’ai retenus, même si je sais qu’à Casablanca, tous ceux qui passent dans une de ces éditions, deviennent les Gurus incontournables qui habillent les femmes des quartiers huppés, ou ruinent les jeunes cadres de la même manière qu’un sac acheté chez Fendi pour rivaliser avec les collègues qui les collectionnent !

Où est passé l’inégalé Albert Ouaknine qui joue dans la cours des grands sans plus s’associer à un quelconque événement ?

Pourquoi on n’entend plus parler de Adil Lakhdar qui fabriquait lui même ses brocards et en faisait de vrais Caftans traditionnels Marocains empreints de simplicité et d’histoire ?

Qu’elle est la place d’un Abdelhanine Raouh, qui grâce à son goût pointu, son savoir-faire précis et sa baguette magique transforme et réinvente la tenue Marocaine, sans la rendre "Daouia" !

Que voit-on aujourd’hui ?
Depuis plus de cinq ans, s’ajoutent sur le satin duchesse et le velours des "détails" sarcastiques : Sfifa, Perles, Cristaux "Shwarowsky", "Zwa9", Broderies (je vais combiner en SPCSZB) et des coupes qui dénaturent l’essence même du Caftan. Cette année, nos chers créateurs ont juré sous serment qu’ils ne manqueraient aucun de ses artifices, à tel point que chaque tenue qui passe ressemble à l’autre (à un détail près ... le tissu et encore... peut être la couleur)

Pour résumer si j’ai bien compris, l’objectif des créateurs, même en modifiant la thématique : on ne fait qu’une continuité de ce qu’on a fait l’année précédente, en y ajoutant des artifices "créatifs" et "innovants", que l’’on marie à du Sqelli (fil d’or et d’argent) à profusion... Bon expliquez-moi, que doit-on voir quand une femme porte une tenue pareil ? son maquillage, sa coupe, ses boucles, son collier, les SPCSZB, la mdemma (ceinture), les cuisses (parce que tous les caftans sont désormais ouverts de partout), les chaussures ?

J’imagine un mariage "New Age" à Casablanca ou Marrakech, les compagnies d’électricité peuvent se réjouir, car on n’aura plus besoin d’elles, une combinaison de Daouiya et Fakhita illumineront à elles seules la salle entière... les invités par contre seront tellement éblouis, qu’ils ne distingueront plus la mariée et des autre convives...

J’ai poussé ce coup de gueule, car moi-même je m’aventure dans ce qu’on appelle la création, et je suis à chaque saison ce qui se passe, j’essai de sortir des sentiers battus, de faire revivre le Caftan dans sa splendeur originelle.

Qu’est ce qu’un Caftan alors ?

  • Un beau tissu et une harmonie de couleurs qui correspond à celle qui le porte.
  • Une coupe qui met en avant de façon discrète ses formes, sa féminité, rehausse sa beauté sans exagérer un quelconque détail
  • Un travail artisanal fin qui met en valeur le tissus et non le contraire
  • Une ceinture, des chaussures et un sac en guise qu’accessoires
  • Le tout faisant honneur à celle qui le porte non pas pour rivaliser sur l’argent dépensé avec une surenchère de pierreries incrustées, mais par son raffinement.

The Backstager

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